Interface

Installation Interface 1992
Hopital ephemere/courtesy S. Lorenz

1m3 1992
Exposition Galerie Sylvana Lorenz
Plexiglas/ cibachrome/ miroir
1mx1mx1m
Fenetre mémoire 1989
Computer laser paint jet sur vinyl
2m20x2m20x20cm
Les manipulations informatiques de Miguel Chevalier peuvent
surprendre dans l'ambigulté de notre époque. Celle ci est
marquée
par la coexistence de deux systèmes qui produisent l'information:
le système moderne, lié à la société
industrielle, et à son folklore
technique et mécanique, et le système post-moderne, lié
à la
déontologie des nouvelles technologies de pointe. Ces manipulations
informatiques relèvent en fait de la nouvelle normalité post-moderne.
Il s'agit là d'un phénomène de sensibilité
spécifique qui est
le signe actif de notre condition présente. Miguel Chevalier a
l'esprit "cool", minimaliste, d'un Frank Gehry, d'un Donald Judd,
d'un Jeff Koons ou d'un Bertrand Lavier . On pourrait aussi dire
que son état d'esprit relève d'une parenté directe
avec le Marcel
Duchamp des " ready-made". Il se sert des données du logiciel
pour
obtenir une structure visuelle autonome.
L'objet plus "informationnel" qu'il nous propose est ou n'est
pas,
selon les cas, le fruit d'une altération volontaire ou d'une
modification organique du processus électronique de fabrication.
Il s'agit en fait de l'appropriation et du traitement d'un phénomène
normal de visualisation.La sensiblité naturellement post-moderne
de Miguel Chevalier s'est avérée capitale dans l'élaboration
de
l'image binaire de ces "objets-plus" .
Sa démarche se fonde sur une série de défis: le premier
est de
présenter "I'imprésentable" c'est-à-dire
un état spécifique de la
mémoire du logiciel. L'enregistrement de ce phénomène
déviant
devient l'oeuvre à part entière. Le fragment du programme
choisi
arbitrairement et poétiquement par l'auteur fractalise la partie
qui est prise pour le tout, et voici donc le second défi
informatique de Miguel Chevalier Ses propositions visuelles perdent
le concept d'échelle par rapport à ce qui pourrait être
la mémoire
dans un circuit intégré . Et ainsi on pourrait considérer
l'oeuvre
de Miguel Chevalier comme une série d'objets fractals caractérisés
par une auto-similarité de base, qui serait l'expression de la
cascade illimitée des homothéties internes. Le troisième
défi est
celui de la perte du sens immédiat de l'image électronique
au profit
d'une vision possibiliste.
L'image de Miguel Chevalier est donc une image ouverte, comme
on peut parler en période d'hostilité d'une "ville ouverte",
et
c'est dans cette option interactive que réside l'originalité
et
la vérité d une telle démarche.
L'entreprise de Miguel Chevalier n'est pas sans danger: de défi
binaire en défi binaire on pourrait arriver à la perte totale
de
sens. Je pense que l'auteur a une idée très claire de ce
danger et
qu il l'assume en tant que tel. Entre la normalité absolue qui
serait l'encéphalogramme plat du système et la normalité
existentielle,
qui est celle de l'hyper-activité des circuits combinatoires possibles,
il y a toute la marge intersticielle de la vie et de la poésie encore!
Pierre Restany, 29 octobre 1989.